Si un voyageur refuse de partir à la fin de son séjour, ne forcez rien : aucune coupure d’eau, aucun changement de serrure. Envoyez une mise en demeure écrite et datée, conservez chaque preuve (messages, réservation, état des lieux) et déposez plainte si la situation l’exige. La procédure administrative issue de la loi RIPOST accélère nettement l’évacuation par rapport à la voie judiciaire, mais elle demande un dossier complet et une dizaine de jours : l’idée d’une récupération immédiate des clés est à écarter d’emblée.
En bref:
- Seul un dossier complet, incluant une plainte, des preuves de réservation et un constat d’occupation, permet d’engager efficacement une procédure d’expulsion administrative.
- Comptez une dizaine de jours, pas trois : le préfet statue sous 48 heures, mais la mise en demeure d’évacuer court sur sept jours lorsque le bien n’est pas le domicile du demandeur, ce qui est le cas d’un meublé de tourisme.
- Couper l’eau, l’électricité ou changer la serrure est illégal et expose le propriétaire à des poursuites pénales, il faut privilégier la démarche formelle.
- La loi RIPOST du 18 août 2026 ouvre une évacuation plus rapide, mais par la voie administrative seulement : le Conseil constitutionnel a censuré l’infraction pénale de simple dépassement de séjour.
- La meilleure prévention repose sur une documentation rigoureuse dès l’entrée du séjour, notamment grâce à un livret d’accueil digital et un état des lieux numérique, pour renforcer la légitimité du recours en cas de refus de départ.
Le réflexe naturel, c’est de vouloir régler ça soi‑même, tout de suite. C’est justement l’erreur à ne pas commettre. Voici l’ordre des opérations qui protège votre dossier et votre responsabilité :
Conseil de pro : Ne répondez jamais à un message ambigu du voyageur (“je pars bientôt”, “encore une nuit”) sans réaffirmer par écrit la date de fin exacte. Le silence ou une réponse floue peut être interprété plus tard comme l’acceptation tacite d’une prolongation.
La loi n° 2026-798 du 18 août 2026, dite RIPOST, a étendu par son article 14 l’article 38 de la loi DALO aux meublés de tourisme. Concrètement, cela signifie qu’un propriétaire peut désormais saisir la préfecture pour obtenir une mise en demeure, puis, en cas de non‑respect, une évacuation forcée du logement. C’est une avancée réelle pour les hôtes, mais elle vient avec des délais et des conditions qu’il faut connaître avant de s’emballer.

Beaucoup d’hôtes parlent d’une « expulsion en 72 heures ». C’est le point sur lequel il faut être précis, parce que l’écart avec la réalité est important. La préfecture dispose bien de 48 heures pour statuer une fois le dossier complet reçu. Mais le délai de la mise en demeure d’évacuer qui suit n’est pas unique : l’article 38 en prévoit deux, vingt-quatre heures lorsque le logement est le domicile du demandeur, et sept jours lorsqu’il ne l’est pas. Un meublé que vous louez n’est pas votre domicile : c’est donc le délai de sept jours qu’il faut prévoir.
Le calendrier réaliste ressemble ainsi à une dizaine de jours entre le dépôt d’un dossier complet et l’évacuation, et non à trois. À quoi s’ajoutent les recours que l’occupant peut engager contre la décision préfectorale. Cela reste considérablement plus rapide qu’une procédure judiciaire classique, mais un hôte qui compte sur un week-end se prépare une mauvaise surprise.
Autre point capital, largement méconnu : le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 2026-915 DC du 14 août 2026, a censuré le II de l’article 14, celui qui faisait du simple maintien dans un meublé de tourisme une infraction pénale. Le motif est technique mais éclairant : deux incriminations visaient exactement les mêmes faits en les punissant de peines différentes, ce qui heurte le principe d’égalité devant la loi pénale. En clair :
Cette censure change la stratégie à adopter. Il ne s’agit plus de viser une sanction pénale, mais de construire un dossier administratif ou civil irréprochable dès le premier jour de dépassement.
Une fois la mise en demeure envoyée sans effet, la mécanique administrative et judiciaire peut s’enclencher. Voici les étapes concrètes, dans l’ordre où elles se présentent en pratique :
Le coût réel de cette procédure varie fortement selon le chemin choisi. Un constat par commissaire de justice se chiffre généralement en centaines d’euros, une procédure de référé implique des frais d’avocat et d’huissier qui s’ajoutent sur plusieurs semaines. La saisine préfectorale, elle, n’engendre pas de frais de procédure directs. C’est la raison pratique de la préparer en priorité : elle coûte un dossier bien monté, pas des honoraires.
La qualité de la preuve documentaire conditionne presque toujours l’issue de la procédure, que ce soit devant la préfecture ou devant un juge des référés. Un dossier bâclé, même avec la meilleure situation de fait, peut faire échouer une demande légitime.
Voici ce qu’il faut réunir et conserver dès le premier signe de résistance :
Conservez chaque pièce dans son support d’origine en plus de la copie PDF : un export de messagerie de plateforme, un accusé de réception d’e-mail ou un constat de commissaire de justice datent un échange, là où les métadonnées d’un PDF se modifient en deux clics. Construisez en parallèle une chronologie datée, jour par jour, depuis la réservation jusqu’au refus de départ. Un simple dossier partagé, classé par date, suffit souvent à convaincre une préfecture pressée par le volume de dossiers qu’elle traite.
L’envie de reprendre le contrôle du logement peut pousser à des décisions radicales. Résistez‑y absolument : ces gestes se retournent presque toujours contre vous.
Conseil de pro : Gardez toujours une copie de vos messages avant de les envoyer. Un voyageur retors peut supprimer une conversation de son côté, mais votre propre export vous protège si l’affaire va devant un juge.
Une fois le logement récupéré, l’histoire n’est pas forcément terminée. Vous pouvez chercher à récupérer les sommes dues par le dépassement, et parfois davantage.
Les délais d’exécution varient selon la voie choisie. Une demande amiable réglée en quelques jours reste possible, tandis qu’une procédure civile complète s’étale souvent sur plusieurs mois. Gardez chaque facture et chaque échange lié à ces pertes : elles serviront de base de calcul si l’affaire finit devant un tribunal.
La meilleure défense contre un voyageur qui refuse de partir se construit avant son arrivée, pas après son refus. Quelques réflexes simples réduisent nettement le risque.
Moins de messages entrants, plus de preuves écrites : ce sont deux bénéfices concrets d’un logement où les règles sont posées clairement avant même le premier séjour.
La documentation prime toujours sur la confrontation. Les hôtes qui s’en sortent le mieux sont ceux qui appellent un professionnel dès le premier jour de dépassement, pas ceux qui attendent d’être à bout. Investir dans la prévention coûte toujours moins cher qu’une procédure d’évacuation.
— Amar Benlamaalam
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Cet article constitue une information générale et ne remplace pas l’avis d’un avocat qualifié. Consultez un professionnel du droit qualifié à propos de votre cas personnel avant d’agir sur la base de ce contenu.
N’usez jamais de la force : envoyez une mise en demeure écrite, conservez toutes les preuves, et si le refus persiste, déposez plainte et saisissez la préfecture via la procédure issue de la loi RIPOST.
La démarche est identique à celle d’un voyageur classique : mise en demeure, constat d’occupation par un commissaire de justice, puis saisine préfectorale avec un dossier complet incluant récépissé de plainte et preuve de réservation.
La préfecture dispose de 48 heures pour statuer sur un dossier complet. La mise en demeure d’évacuer qui suit est de sept jours lorsque le logement n’est pas le domicile du demandeur, ce qui est le cas d’un meublé de tourisme. Comptez donc une dizaine de jours, hors recours de l’occupant.
Non. Couper les fluides, changer la serrure ou retirer les affaires du voyageur constitue une voie de fait pénalement répréhensible, même quand l’occupant est clairement en tort.
Non, pas automatiquement : le Conseil constitutionnel a censuré l’infraction de simple maintien dans les lieux. En revanche, les articles 226-4 et 315-1 du code pénal restent applicables si l’entrée ou le maintien reposent sur des manœuvres, des menaces, des voies de fait ou une contrainte. Sans cela, la voie administrative et la voie civile sont plus sûres qu’une plainte fondée sur le seul dépassement.
Après 4 ans à gérer ses propres logements Airbnb, Amar a créé Mon Livret d'Accueil pour aider les hôtes à automatiser leur communication voyageur et décrocher plus d'avis 5 étoiles.